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Découverte d'Elbeuf, cité drapière
23 septembre 2012 - Matinée
    



Elbeuf Ville
Par un temps gris et froid, les Amis de Bernay sont rassemblés, dans le jardin René Youinou, autour de leur guide conférencière, pour commencer la visite d'Elbeuf.

Le square, traversé par le Puchot, porte le nom d'un ancien maire de la commune. Témoin du déclin de l'industrie textile, il a déployé beaucoup d'énergie et de courage pour mettre en valeur un patrimoine injustement déconsidéré.

Aujourd'hui, Elbeuf continue à souffrir de sa réputation de ville industrielle. Elle est toutefois labellisée, comme Bernay, « Ville d'Art et d'Histoire ».
Elbeuf Ville
Elbeuf n'est pas seulement une ville de briques et de béton. Pour preuve, la manufacture Peton et Clarenson, en colombages rouge vif. Les bâtiments occupent aujourd'hui 2/3 de leur surface primitive.

A noter la hauteur et la largeur des fenêtres du dernier étage : les pièces de drap séchaient de longues heures dans ces greniers à étente.

Le rez-de-chaussée et le premier étage étaient en fait réservés au logement des ouvriers, et les étages supérieurs, à la production des draps, qui demandait beaucoup de lumière. Elbeuf a d'ailleurs été dispensée de s'acquitter de l'impôt sur les portes et les fenêtres, qui aurait été trop coûteux.
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Cheminée de l'usine Peton et Clarenson.

En 1820, cette manufacture a été la première d'Elbeuf à s'équiper d'une machine à vapeur, technique mise au point en 1817, susceptible de remplacer l'énergie hydraulique et les manèges à chevaux. Jusque là, en effet, le Puchot fournissant peu d'énergie hydraulique, près de 300 chevaux étaient utilisés dans les manèges, au cœur des usines.

Tout en dopant la production des draps, l'installation des machines à vapeur eut pour conséquence la suppression d'un certain nombre d'emplois. Pour faire face à la menace constante d'un incendie, il fallut aussi remplacer les pans de bois par de la maçonnerie.
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Après les colombages rouges de l'usine Peton et Clarenson, place aux colombages bleus des maisons du centre historique. Au dernier étage du bâtiment photographié ici, dont une charcuterie occupe aujourd'hui le rez-de-chaussée, on distingue encore nettement les ouvertures du grenier, utilisé comme séchoir.
Elbeuf Ville
Le centre historique d'Elbeuf se compose d'un bel ensemble de maisons en colombages des XVIIIe et XIXe siècle.

L'organisation de l'habitat à Elbeuf témoigne, comme à Bernay, d'un parcellaire étroit, qui se justifie d'une part par la nécessité d'accéder à une source d'eau claire, et d'autre part par l'impôt sur la surface au sol, qui incita les Elbeuviens à privilégier la hauteur et la profondeur, par rapport à la largeur de leurs maisons.
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En arpentant l'avenue Guynemer, rue principale du centre historique d'Elbeuf, il faut s'engager à gauche pour découvrir, au 72-74, la manufacture Alexandre Grandin, transformée en logements.

Une reconversion réussie pour un bel ensemble de la première moitié du XVIIIe siècle..
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Malgré d'importants efforts de réhabilitation, il faut encore mener à bien de nombreuses reconversions, pour transformer en logements décents d'anciennes manufactures.

A noter qu'au XIXe siècle, 60% au moins de la population totale d'Elbeuf était employée dans les usines de la capitale normande du drap.
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Construite sur une zone marécageuse, l'église de Saint-Jean des Prés est à l'heure actuelle désaffectée. Au premier coup d'oeil, on aurait tendance à penser que la tour clocher gothique est plus ancienne que le portail de style jésuite.

En réalité, les deux parties de l'édifice sont contemporaines. On faisait donc encore « du gothique » en plein XVIIe siècle.
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La rue Guynemer offre un joli point de vue sur la toiture de l'église Saint-Jean des Prés, soutenue par d'élégants contreforts.

La toiture vernissée affiche des motifs géométriques et colorés qui rappellent bien sûr ceux des églises de Bourgogne.
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Nous sommes toujours rue Guynemer, où les vieilles maisons en colombages forment un ensemble hétéroclite et coloré. Si la couleur verte de la maison qui fait l'angle est surprenante et même dérangeante, la maison voisine, qui porte en façade la date 1740, est intéressante pour sa couverture en essentes de châtaignier disposées « en arbalète ».
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Elbeuf, ville industrielle, se devait de posséder une chambre de commerce et d'industrie. Au sommet de ce bâtiment, construit en 1861, à deux pas de la mairie, trône, à droite du personnage central, le dieu Mercure, dieu des marchands et des voleurs. Au-dessous, sous une corne d'abondance, on reconnaît la ruche, symbole d'Elbeuf.

L'origine de ce symbole est liée à l'Empire, période florissante pour Elbeuf, qui a bénéficié du soutien actif de Napoléon : l'Empereur, dont on connaît l'attachement à la symbolique des abeilles, comparait la ville à une ruche bourdonnante d'activité.
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Face à l'usine Nivert et Bourgeois, cette synagogue témoigne d'un événement marquant pour l'histoire d'Elbeuf : l'arrivée massive, après la guerre de 1870, d'Alsaciens placés devant un choix difficile : rester chez eux et se soumettre aux règles de commerce prussiennes, ou émigrer.

Beaucoup d'ouvriers du textile ont choisi de s'installer à Elbeuf, où les méthodes de production étaient proches de celles utilisées en Alsace.

Les patrons ont apporté leurs machines dans la cité normande, et nombre de leurs employés les ont suivis. En trois générations, les Alsaciens ont réussi leur intégration à Elbeuf. La plupart des patrons étaient de confession juive, et leurs ouvriers, principalement de confession protestante.
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Au numéro 16 de la rue de Grémond, les Amis de Bernay ont découvert la cour de l'ancienne usine Nivert et Bourgeois, reconvertie en logements.

La disposition des lieux témoigne de l'évolution des méthodes de production et de l'apport de la modernité : la mécanisation du travail amplifiant le vacarme régnant dans les ateliers, les directeurs d'usine optent, au milieu du XIXe siècle, pour un logement en périphérie. Les anciennes cloisons sont abattues, rendant plus spacieux le lieu de travail des ouvriers du drap, et facilitant la tâche des contremaîtres, tout en diminuant du même coup le nombre d'actifs dans cette profession.
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L'usine Gasse et Canthelou, en fonctionnement de 1843 à 1948, s'est dotée de « sheds », ces hangars aux couvertures en zig-zag caractéristiques, d'où s'échappent des cheminées. Les « sheds » abritaient les machines les plus volumineuses. Ils étaient les lieux par excellence du travail à la chaîne.

De nos jours, l'ancienne usine Gasse et Canthelou est encore un bel exemple de reconversion de friche industrielle en logements.
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Bien mise en valeur au cœur des anciens locaux de l'usine Gasse et Canthelou, cette horloge symbolise le passage d'un salaire à la pièce à un salaire à l'heure, réforme primordiale pour les ouvriers du textile à Elbeuf.
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